Inside Man

07 mars 2011

Vieille_femmeFin de mission. L’heure des rapports et des bilans. L’heure des débriefings. L’heure des conclusions.

Lorsque vous travaillez pour une entreprise, que vous faites une étude de marché, parfois, vous décidez de ne pas couvrir une ville, une région. Il y a trop de concurrence. Ou bien les coûts logistiques s’avèrent prohibitifs par rapport à votre marge. Vous pouvez également décider de ne pas mettre en vente tel ou tel produit. Il ne répond pas aux besoins de la clientèle. Ce n’est pas grave. Vous partez à la recherche d’un nouveaux porte-monnaie, ou d’un produit plus en adéquation. Les bénéfices ne sont repoussés que de quelques mois.

Mais lorsque vous travaillez pour une ONG et que vous arrivez aux mêmes conclusions, l’impact de vos décisions a une toute autre résonnance. Ceux que nous appelons bénéficiaires, ce sont nos « clients » et non les patrons. Et s’il n’y a pas de « bénéfices », ce sont autant de familles dans le besoin qui ne recevront aucun soutien pour rebondir. Jusqu’où faut-il aller pour redonner une maison à un foyer ? Quel prix financier, humain, peut-on mettre sur la table ? Peut-on échanger un regard croisé contre celui d’un inconnu, du moment que celui-ci resteGar_onnet comptabilisé avec la même valeur dans un tableau de bilan d’activités ?

Durant tout un mois, nous avons marché, nous avons partagé le quotidien de communautés, nous avons rencontré, individuellement, plus de 700 familles et complété, avec elles, un long questionnaire détaillant leur quotidien et leurs besoins. Nous les connaissons. Nous avons pris conscience, personnellement, des difficultés, parfois extrêmes, qu’elles rencontrent chaque jour. Elles nous attendent. Mais nous ne reviendrons pas. « L’étude de marché », objet de ma mission, leur est défavorable.

Il est irresponsable de gaspiller l’argent des contribuables et des donateurs pour aider 200 foyers lorsque la même somme, quelques kilomètres plus loin, peut changer le quotidien de 600 familles.

Il est également irresponsable de ne pas porter assistance à ces personnes rencontrées. « Une vie est unique etFillette irremplaçable » disait la chartre d’EquiLibre. Mais quelle est cette vie lorsqu’on ne peut pas toutes les aider ? Celle de Charles ou celle d’Eddy ? Celle de Rosemyrta ou celle de Marie Noëlle ? A l’heure de trancher, il y a des visages derrière chaque nom.

C’est une chose d’écrire un projet dans un bureau, à l’aide d’internet et de quelques coups de téléphone. Ce que j’ai fait jusqu’à présent. C’en est une autre de vivre avec les gens, pendant plusieurs semaines, puis de conclure finalement « non, il faut mieux tout arrêter. Ce n’est pas raisonnable de continuer. » Puis de reprendre son avion et rentrer retrouver son petit chez-soi.

« On fera mieux la prochaine fois. »

Mais les regards, eux, ne vous quittent pas.

Posté par LoinAilleurs à 23:56 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :


19 février 2011

Convoi_de_d_partRéunis autour d’un thé au gingembre et à la cannelle, très sucré, les évaluateurs discutent bruyamment d’informatique, de politique, de religion. De politique surtout ! Dehors, sur une table, dans la nuit, à la lueur d’une lampe solaire, certains poursuivent une partie de dominos acharnée. Les cris fusent. Depuis hier, nous voici installés à Découvert, à proximité de Bois Gandou, une nouvelle et troisième zone de travail. La plus isolée. Il nous a fallu 3h de marche, depuis la fin de la piste, pour rallier cette église de tôle que les autorités nous prêtent quelques jours. Un convoi de neuf mulets et deux porteurs transportaient la nourriture, le charbon, les matelas, les couvertures, le matériel d’enquête. Un micro-générateur est venu compléter l’équipement pour recharger l’ordinateur. Nous voici (presque) en autonomie complète pour 5 à 6 jours.

Un léger terreplein devant notre refuge servait d’héliport les premiers mois après le séisme. Cet espace pourrait aujourd’hui accueillir un stock, éventuellement, mais les hélicoptères ont à présent quitté Haiti. L’urgence est terminée.  

L’accueil de la population est très chaleureux, certainement en corrélation avec leur isolement et la rareté des aides qui arriventLieu_de_vie jusqu’à ici, mais pas uniquement. Les gens sont heureux de nous croiser, de nous guider lorsque nous sommes perdus, de nous offrir du café, du pain, de nous faciliter la vie quotidienne. Cela change de la polie indifférence des jours précédents.

La population vit essentiellement en autosuffisance. Tout le monde cultive une parcelle de pente abrupte. Des ignames, des bananes, des pois, des patates douces. Parfois un cabri ou une poule. L’eau est éloignée mais moins rare qu’à Bereau. Malgré la boue omniprésente sur les sentiers, en ce début de saison des pluies, chacun porte des vêtements impeccables une fois le travail des champs terminé. Les élèves sont encore et toujours en uniforme, les petites filles des nœuds blancs plein les cheveux.

CuisinieresLes rires et les éclats de voix résonnent dans la nuit étoilée. Les mornes, elles, dessinent des ombres sombres. Pas une lumière là où s’accrochent des centaines de masures pendant la journée. Sans électricité, chacun vit au rythme du soleil. Levé vers 5h, dernier repas vers 16h30 et couché à 19h. Nous avons adopté les horaires. Après de longues heures de marche, le repos est de toute manière le bienvenu.

Posté par LoinAilleurs à 18:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 février 2011

Ce qui est sympa dans les évaluations, ce sont les pré-évaluations. Aller seul sur le terrain, étudier la géographie de la zone, la répartition des équipes, engager les premiers contacts avec les autorités et la population, expliquer le but et la méthodologie de l’enquête, trouver les logements, les cuisinières, l’eau, les latrines, négocier les prix… Tout est à inventer, créer, imaginer en fonction de la situation que l’on découvre.

Hier donc, pré-évaluation à Reymond. La première difficulté a été de trouver… la route… Leur rengaine favorite, je pense, est « comme d’habitude ». Dès que l’on propose un nouvel itinéraire, un nouvel outil, une nouvelle approche, une nouvelle idée, on se retrouve facCroixe à un refus direct : « on ne fait pas comme ça d’habitude ! ». Nous avons donc essayé toutes les routes les unes après les autres avant de revenir à celle que j’avais indiquée au début mais qui, étant étranger, bien entendu, ne pouvait pas être la bonne… La démonstration par l’absurde… Dommage… Ensuite, ça monte, sec, très sec, très très sec ! Puis on arrive sur la ligne de crête et on domine à nouveau un paysage fabuleux de ravines abritant de petites maisonnettes dans un oasis de bananiers. Le responsable local nous attendait et nous emmène explorer la zone… jusque chez lui ! Café. Finalement, nous repartons et trouvons un sommet offrant une vue globale de la zone. Avec son aide, je dessine un plan sommaire. Puis nous retournons chez lui car, après 15 mn de palabres, sa maison semble être le seul endroit dans lequel il acceptera que nous logions. Négociations des détails donc… et retour à la voiture sous une belle averse. L’eau ayant détrempé l’argile, nous voici bloqués au bout de la route. Il ne reste plus qu’à laisser le véhicule sous la vigilance de trois gardiens et de redescendre à pieds. 1h30 de ballade supplémentaire au programme ! Quant à la voiture, espérons que nous pourrons la récupérer demain…

Aujourd’hui, tandis que les équipes d’évaluateurs travaillaient dans la zone explorée la veille, je suis parti préparer l’étape suivante. Comme guides, un couple revenant du marché avec deux mulets. A la queue leu-leu, nous suivons donc le sentier qui épouse toutes les Muletscourbes des montagnes. Puis madame s’arrête pour discuter et son homme ne pouvant gérer les deux animaux de bat, me voici promu « assistant chauffeur de mulet ». Armé de ma brindille, je chatouille avec attention les flancs de l’animal dès que le rythme ralenti. Les passants se marrent en me voyant mais il faut un commencement à tout ! Finalement, c’est sous un nouveau déluge que nous arrivons à Découvert, quelques maisons accrochés au versant et dominant de 500 m le torrent qui serpente tout en bas. Une église de bois et de tôles nous servira de refuge dans les prochains jours. Une infirmière y loge déjà avec son enfant en bas âge. Travaillant pour une autre ONG, elle « gère » un centre avancé de prise en charge des malades du choléra. Mais comme il n’y a pas de malades, depuis une vingtaine de jours, ses activités tournent plutôt autour de l’éducation à l’hygiène. Tant mieux ! Et avec une voisine pareille, nous serons bien protégés ! Retour à la course car le temps presse et la nuit tombe. Je retrouve les équipes aux voitures. Leur bilan est mitigé pour la journée. Elles feront mieux demain ! Inch’allah…

Posté par LoinAilleurs à 02:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 février 2011

BrouillardUne semaine a passé dans les montagnes depuis notre arrivée. Demain, nous replions le camp pour l’installer ailleurs. Plus proche Evaluateur_au_travailde la nouvelle zone à évaluer. Nous avons rencontré environ 280 familles, armés d’un questionnaire de cinq pages et de patience pour le remplir. Il a fallu marcher, des heures. Nous avons eu chaud, la journée, sous le soleil, sans eau, sans ombre. Nous avons eu froid, le soir, dans le vent et le brouillard. Les équipes d’évaluateurs ont bien travaillé !

Mais il a également fallu passer des heures à régler des problèmes d’intendance. L’accès aux latrines, l’approvisionnement en eau, la constitution des menus et l’acheminement des vivres depuis Petit Gôave, la recharge des téléphones portables, et la recherche incessante d’un réseau fugace.

H_licoIl y a eu, également, le débarquement de Normandie ! Pardon… L’arrivée de 4 cadres de l’ONG en hélicoptère, pour une journée. Un énorme bourdon russe qui amenait également une tente géante qui servira pour le stockage du matériel durant les prochains mois. Alors on a couru, le matin, pour décharger, pour visiter, pour discuter. Puis on a marché, l’après-midi, lorsqu’ils ont voulu voir, visiter, circuler. On est descendu. On est remonté. On est redescendu. On est remonté. Mais plus les descentes précédaient les montées, plus les ascensions succédaient aux plongées dans la vallée et plus le rythme baissait, baissait, baissait. A la tombée du jour, dans le brouillard du crépuscule, les rhums-réunions se sont enchainés, assis dans l’herbe, emmitouflés qui dans une veste polaire, qui dans un cheich touareg. Des décisions ont été prises. Permettront-elles de mener à bien ce projet très ambitieux ?

Puis le calme est revenu et le ballet des évaluations a repris. Ce soir, les objectifs de la semaine ont été dépassés, avec une journéeCheval d’avance. Alors c’est le foot dans le soleil couchant, la détente avant le retour sur la côte demain. Bien sûr, le travail n’est pas terminé. Nous revenons dans quelques jours retrouver nos montagnes. Mais une première parenthèse se ferme avec des résultats qui font plaisir. C’est déjà ça !

Posté par LoinAilleurs à 02:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

06 février 2011

DindonsLes journée se suivent et se ressemblent. La boule de feu écarlate du soleil perce les nuages et l’horizon vers 6h20 et réchauffe rapidement l’atmosphère humide. Depuis 4h30 environ, les équipes discutent sous leur couverture, avec passion, avec véhémence. Impossible de dormir. L’herbe et les tentes sont trempées de rosée. Quelques dindons viennent boire dans les rigoles. Commencent alors 2h poussives pour mettre chacun au travail. Le petit déjeuner, constitué de pommes de terre, de bananes cuites, ou de spaghettis se fait toujours attendre. Entre deux discussions sur le bienfondé de l’adoption (« et les parents, à partir de quand ils peuvent revoir leur enfant ? ») ou sur la politique d’aide des états européens (« Il est vraiment bien, Sarkozy, de s’intéresser à Haïti ! »), je profite de ce retard systématique pour un débriefing de la veille et la distribution des listes des personnes à visiter pour la journée.

A 7h, c’est le premier contact téléphonique de sécurité avec la base de Petit Gôave. L’occasion également de régler détails logistiques et échanger quelques nouvelles du vaste monde.

Enfin, peu à peu, chacun se disperse, le ventre plein, une gamelle à la main pour l’encas de mi-journée, mètre et GPS à la ceinture, appareil photo autour du cou. Je me retrouve seul, avec le chauffeur de garde, et je me plonge dans la saisie fastidieuse desAutre_bureau questionnaires remplis la veille. Travail monotone et répétitif, interrompu toutes les 2h par l’épuisement de la batterie de mon ordinateur. Je quitte alors la tente qui me sert de bureau pour le 4x4, l’ordinateur branché sur l’allume-cigare ou encore la salle de garde, avec fusil à pompe, de l’antenne relais Digicel, au sommet de la montagne, équipée d’un générateur fonctionnant en permanence.

La journée se passe ainsi, parsemée de visites de telle ou telle autorité, venant discuter les détails du projet, de voisins, venu admirer les maquettes de shelter qui traînent, ou trônent, sur la table en plastique à côté de l’imprimante, ou simplement d’enfants, qui se posent, assis, et observent, observent, observent.

Vers 16h, les équipes commencent à revenir, en ordre dispersé. Je récupère les listes et les questionnaires complétés. Nous Retour_de_sourcediscutons sur les rencontres et les évènements de la journée : Une vieille femme, abandonnée, qui a tellement ému les enquêteurs qu’ils lui ont donné 50 gourdes. L’éloignement des points d’eau, qui obligent à 2, 3, voire 4h de marche quotidienne. L’escarpement de certains sentiers que mêmes les mulets ne peuvent emprunter lorsqu’ils sont chargés.

Le repas servi, les uns et les autres se ruent sur leurs gamelles monstrueuses qui disparaissent en quelques minutes. Quel appétit ! C’est le temps également de la douche, parcimonieuse car l’eau est rare, d’un foot avec les enfants, de la détente.

Après 12h de course au-dessus de la tente, le soleil nous tire sa révérence dans un magnifique ballet toujoursFeu_d_artifice recommencé avec les nuages et l’océan. Le vent, qui souffle en continue, rafraichit immédiatement le fond de l’air. Il est temps de sortir les pulls et de se cacher dans le 4x4 pour écouter la radio ou dans les tentes pour discuter. Je retourne à mon ordinateur et mes questionnaires pour quelques heures. Jusqu’à ce que mon ordinateur décide d’aller se coucher… sans avoir oublié le 2nd contact téléphonique, à 19h !

Posté par LoinAilleurs à 00:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


04 février 2011

TombesDans la nuit, les échanges politiques volent sous les étoiles. Les tentes des évaluateurs sont éteintes mais les voix virulentes ! L’Haïtien parle fort, vite, avec un débit saccadé. Il adore la joute verbale et les échanges orageux !

Il en a été de même lors des réunions de la journée avec la population. Que ce soit sous une charpente de bâches et de branchageVieuxs ou le toit en tôles rouillées d’une église, après la prière obligatoire et chantée, les échanges ont rapidement tourné à la pagaille générale.  L’Haïtien est fier et veut montrer qu’il a raison. Mais lorsqu’ils sont 300,  les échanges d’informations se transforment rapidement en un poulailler en furie. Tout le monde se lève. Tout le monde crie son avis. Tout le monde questionne, donne des réponses, propose des solutions, dresse des listes de doléance. Il est temps de se retirer en catimini…

Entre les réunions, 700 m de dénivelé et quelques heures de marche. Et même au rythme lent du piéton, l’Haïtien ne peut s’empêcher encore et encore de parler, de parler, de parler, d’une voix forte et rapide, sans interruption. Même essoufflé. Même avec un seau de 20 litres sur la tête.

Alors les paysages défilent lentement. Les mules, les chèvres, les vaches nous regardent passer en meuglant, en bêlant. Les enfants descendent à la source en se chamaillant. Les femmes rient et babillent en faisant la lessive, avant de tacheter Champ_de_chouxde couleurs les prés environnants. Les cultivateurs chantent en labourant les pentes sans arbre. Les passants nous interpellent de loin et crient leurs nouvelles sans se déplacer. Perché sur un muret, un pasteur armé d’un mégaphone invective tout le plateau de ses sermons enflammés. Toutes les mornes résonnent ainsi de vie et communiquent de loin en loin.

Les ondes des téléphones portables n’arrivent pas jusqu’à ces régions reculées et encaissées. Qu’à cela ne tienne, il reste encore et toujours la voix ! Et elle porte loin dans ces espaces d’air pur, déserts et sans obstacle.

Posté par LoinAilleurs à 00:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 février 2011

Autre_tombeRetour dans les mornes. Ou essai, tout du moins… Un des 4x4 n’a jamais réussit à franchir la dernièreCamp côte, trop pentue et trop rocailleuse. Alors il a fallu décharger et porter les affaires personnelles, les bidons d’eau, le sac de charbon, le mobilier en plastique. Monter. Descendre. Monter. Descendre. Et marcher plus tôt que prévu.

Puis il y a eu les évaluateurs qui ont fait défaut. Un le 1er jour. Deux le 2nd. Si 3 partent le 3ème jour, bientôt, il n’y aura plus personne ! Des priorités familiales ? Le contexte politique ? Un autre travail ? Une appréhension face à la difficulté du travail ou des conditions de vie ? Difficile à savoir. Mais quand une personne qui est au chômage, vit à la limite ou en-dessous du seuil de pauvreté et est endettée, renonce à un salaire d’ONG, c'est-à-dire largement supérieure au marché du travail, ca serait important d’en connaîtEvaluationre les raisons ! Peut-être que les langues se délieront peu à peu.

Pour le reste, le camp de toiles a été installé, les repas, insuffisants en quantité, ont été revus à la hausse, et les premières évaluations ont été réalisées. La qualité des informations récoltée semble correcte. Le temps passé également. Tiendrons-nous les délais de 10 jours pour rencontrer 300 personnes ? Nous verrons bien…

La_maison_des_amoureuxUne boule rouge monte dans le ciel à travers les nuages qui s’accrochent aux montagnes. Quelques chevaux broutent autour des tentes. La radio annonce, enfin, les résultats du 1er tour des élections présidentielles. Un nouveau départ ?

Posté par LoinAilleurs à 23:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

01 février 2011

Préparer une mission d’évaluation, c’est comme constituer un grand puzzle. Il faut réunir toutes les pièces en espérant qu’elles s’emboitent le mieux possible… et les retailler de temps en temps car, bien entendu, aucune ne s’ajuste exactement à ses voisines !

Un puzzle… ou un moteur … mais qui devra fonctionner sans essai préalable! On pourra toujours essayer de l’huiler, le régler, le bricoler mais plus possible de changer des pièces, de modifier la mécanique !

Alors on dresse des listes, on imagine des scenarii, on rédige des formulaires. On rencontre les différents services pour prendre en compte tous les petits détails.

Les surprises du jour ?

Deux candidats, pour les 14 postes d’enquêteurs, ont préféré choisir un autre employeur. En quelques heures, il faut reprendre les CV, téléphoner, refaire passer des tests, des entretiens. Et le soir venu, l’équipe semble à nouveau complète ! Du moins sur le papier… on verra demain les personnes réellement présentes à 08.00…

Autre surprise ? L’imprimante qui refuse de fonctionner avec l’ordinateur. Mais là aussi, après quelques heures de patience et d’acharnement, la voici qui ronronne ! Les menus pour les achats de nourriture ne sont pas prêts ? On verra demain ! Les formulaires d’enquête ne sont pas encore validés ? Pour demain également ! Après tout, la journée aura 24 h !

080Et puis, dans la soirée, les aspects sécuritaires s’en mêlent… Les résultats, très controversés, des élections présidentielles seront annoncés… mercredi justement ! Aussi, dès demain, de nombreuses manifestations sont planifiées dans la capitale. Tous les déplacements sont suspendus jusqu’au retour au calme… 081Dans quelques jours… ou plus tard…

Inch’allah ! Commençons par la formation des enquêteurs, ensuite… on verra bien !

Posté par LoinAilleurs à 01:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

31 janvier 2011

BretagneLe dernier jour dans les mornes nous a emmenés découvrir de nouveaux paysages. Nous traversons des morceaux de Bretagne aux murets de pierres sèches et landes vertes. Seules les maisons, toujours en bois, dénotent au coin des chemins creux, ainsi, peut-être que les bananiers…

Les croix, devant les maisons, indiquent les vodouisants. Dieu est très présent ! Croix_vaudou

Au loin, des taches colorées qui s’agitent. Un marché. Pas grand-chose. Chacun est venu avec quelques choux, quelques poulets, quelques tiges de cane à sucre. Il n’y a ni boutique, ni étale. Tout est à terre. Tout est mobile et léger. Tout est tellement loin ! Des vendeuses de beignets profitent des estomacs creusés par les longues marches. On discute. On échange. On drague également.

Puis la redescente dans la plaine, les retrouvailles avec la chaleur humide de la côte, le goudron et ses autobus fous et colorés, ses rangées de tentes et de shelters.

Reconnaissance faite, nous attaquons à présent la préparation de l’évaluation en elle-même. Etant donné qu’il faut compter trois bonnes heures pour parcourir les 65 km qui séparent Petit Gôave de la zone de travail, nous allons installer un camp de base sur place. Une équipe de 15 enquêteurs va alors se relayer pour parcourir la zone pendant 10 jours et évaluer l’état de reconstruction des maisons, ainsi que les modalités pratiques de transport et de constructions des potentiels futurs shleters.

Mais sans électriCamioncité, sans commerces, sans ressources locales, il faut tout anticiper. Commencent alors 4 jours intensifs de recrutement et de formation du personnel, de rédaction et d’impression de tous les documents, du formulaire d’enquête de 6 pages, en 300 exemplaires, au planning de travail, en passant par les cartes et les listes de la population. Il faut également anticiper tous les aspects de la vie quotidienne, penser aux tentes et à la nourriture, aux trousses de secours et au téléphone satellitaire, aux GPS et aux appareils photos, à l’eau, aux lampes à pétrole… 15 personnes en autonomie pendant 10 jours, c’est complexe !

Dimanche bureau donc, entre la radio des gardiens et les chants de messe qui alternent avec les vocalises des coqs. La plage et l’eau turquoise des Caraïbes seront pour une autre fois !

Posté par LoinAilleurs à 02:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26 janvier 2011

- Mon rêve, c’est d’aller en Irak voir les jardins suspendus de Babylone.

- Mais ils ont été détruits depuis très longtemps. Parmi les 7 merveilles, il ne reste plus que les pyramides d’Egypte.

- Comment ? Il ne reste plus rien du temple de Diane à Ephèse ? Du Colosse de Rhodes ? De …

Et le voici parti à me citer toutes les merveilles, une par une. Incroyable discussion lors d’une pause, à flanc de montagne, sur unVue_du_sommet sentier de chèvres sans ombre. Rothschild n’a jamais quitté son île. Il voyage dans le temps et l’espace avec internet. Mais pour l’instant, nous venons simplement du fond de la vallée, 700 m plus bas, et nous remontons à notre point de départ.

Sans carte de la région, nous devons en effet parcourir tous les villages, un par un, afin de prendre leurs points GPS et organiser le travail d’évaluation de la semaine prochaine directement sur GoogleEarth. Incroyable non ! Pas de carte mais des photos satellitaires ! Et tout cela parce que le secrétaire d’une petite administration a voulu jouer au petit chef en me refusant la possibilité de photocopier une superbe carte au 1/50 000ème. On ne pousse pas tous dans la même direction…

MaisonAprès la découverte du plateau de Berau, hier, nous sommes partis, ce matin, à l’exploration de ses pentes. On retrouve les mêmes bosquets de manguiers et bananiers où se nichent les maisons en bois colorées, ou des tentes à côté de quelques ruines. Mais, à présent, les champs de patates, les buttes d’ignames, les parcelles de chouxTravail_au_champ s’accrochent sur les pentes. Quasiment pas besoin de se pencher pour travailler la terre ! Environ 300 m sous le sommet, des sources prennent naissance. Ce sont les points d’eau les plus proches pour la population perchée sur son plateau. Ce sont de petites rivières pour celles qui s’échelonnent sur les pentes. Chacun vit avec ses avantages et ses inconvénients...

Nous avons profité du torrent du fond de la vallée pour nous baigner, avant de transpirer à nouveau. Et nous voici quasiment arrivés, échangeant sur les sept merveilles face à un paysage de montagnes qui pourraient prétendre à entrer dans la liste entre ses pentes Maison_peinteabruptes, sa végétation tropicale, ses maisons arc-en-ciel et la mer qui baigne ses contreforts de part et d’autre.

En fin d’après-midi, nous aurons une première réunion avec les autorités dans l’école bringuebalante. Certainement, toutes ne seront pas présentes ! Certainement, de nombreux curieux viendront se pencher aux fenêtres, tendre une oreille à la porte ! C’est mieux ainsi. L’information pourra circuler et rendre plus difficiles les éventuelles magouilles des « élus locaux ».

En attendant, il nous reste encore quelques lacets vertigineux à enchainer en plein soleil. Allez, courage !

Posté par LoinAilleurs à 01:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,